En quittant la péniche de K à Bezons, j’ai parfois l’impression de quitter un royaume enchanté.
Archives de catégorie : Vie de banlieue
Devant la maison
Spanish Bezons
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas baladé le long de la Seine à Bezons.
Trop de boulot, et aussi leur aspect désormais désertique, ennuyeux et inhumain, depuis que les anciens habitants, mes amis Roumains et Bulgares, ont été chassés des berges du nord du Pont de Bezons.
Mais de nouvelles habitations sont apparues, désormais invisibles de la route, en contrebas, tout au bord de l’eau – à l’insu des résidents de River Ouest.
Frêles habitations, mais bien protégées…
J’ai pu échanger un peu avec les nouveaux habitants, Pepito et Jesus. Ils sont Espagnols et apprécient moyennement leur voisin, un black un peu timbré. Mais ils aiment beaucoup l’endroit, et surtout de pouvoir y pêcher tranquillement de beaux poissons.
1 heure de minimalisme à la Tate Modern
Petite visite à la Tate Modern, ce week-end.
J’ai été frappé par ce portrait de Philip Glass et Bob Wilson par Mapplethorpe, datant de leur collaboration sur le minimaliste Einstein on the Beach.
Bob Wilson reste un génie de l’image et de la lumière, mais sa récente proposition, dans Les Nègres, n’est guère convaincante – les spectateurs réagissent d’ailleurs de façon un peu apathique. Philip Glass, lui ne m’a jamais déçu, et j’ai hâte de voir son nouvel opéra, inspiré du Procès de Kafka.
Sa prestation au Grand Palais, seul au piano, au milieu des oeuvres monumentales de Richard Serra était simplement inoubliable. Richard Serra se retrouve d’ailleurs opportunément cité à la Tate, sous un format plus humain, plus minimaliste en quelque sorte:
Mapplethorpe lui n’avait rien de minimaliste – il était plutôt maximaliste dans ses goûts, ses oeuvres et ses appétences – mais une bonne section du musée, en dehors de ses photos, dans le reste du 3ème étage, est dédiée au minimalisme.
On y comprend alors que le flat design, standard incontournable (depuis iOS 7 et Windows 8) des interfaces informatiques modernes et de la mobilité, puise ses racines dans un très long mouvement artistique. Ellsworth Kelly a passé 50 ans de sa vie à peindre des rectangles de couleur uniformes:
Bon, faut avouer que parfois ça tourne un peu au foutage de gueule.
Ici, Grey de Gerhard Richter. Commentaire de l’artiste: Grey is the epitome of non-statement. It doesn’t trigger off feelings or association, it is actually neither visble nor invisible… Like no other colour, it is suitable for illustrating « nothing ». Genre le 4’33 » de Cage, quoi…
Et les Square Tubes (1967) de Charlotte Posenenske m’ont rappelé qu’il était temps de rentrer à la maison réviser la VMC.
Business travel blues
J’écris ces lignes de l’avion qui me ramène de Boston, où je suis allé 2 jours pour affaire…
Décidément, ces voyages ne sont plus ce qu’ils étaient.
Placé au rang 43, au fond du 757, en classe poubelle. Autour de moi, d’autres costard cravate… Retournement ironique dont l’histoire a le secret: il y a 10 ans encore, on avait les costards cravate devant, et les jeunes et les familles derrières. Tel était l’ordre des choses, éternel et, apparemment, immuable.
Maintenant c’est tout l’inverse. Il n’y a plus que les riches touristes pour voyager en business, et le business voyage en touriste. Quant à la première, on n’y trouve plus que des footballeurs, des basketteurs, des rappeurs à chaîne et des stars de la télé-réalité, ces têtes autrefois inconnues dans les avions. C’est que toutes les boîtes ont désespérément taillé dans leurs frais de voyage, et qu’au bout du 14ème plan de réduction des coûts, on est arrivé à l’os. La valeur et la fortune sont désormais ailleurs.
Avant, la vie était simple, je prenais Air France. Maintenant, notre entreprise a mis en place le programme Concur, obligatoire pour tous, qui optimise nos coûts de déplacement, en allant à chaque fois chercher le vol le moins cher dans la classe la moins chère, dans la vaste offre mondiale. Autant dire que AF c’est fini. Je me retrouve ainsi dans l’année à voyager avec une douzaine de compagnies différentes, rendant impossible l’accumulation de miles nécessaires à l’acquisition d’un statut respecté. Il y a encore 2 ans, j’avais une carte Platinum, qui me faisait profiter de la douceur feutrée des lounges au 4 coins du monde, me permetter de couper les files aux contrôles, et me faisais bénéficier de surclassements occasionnels. Je suis passé l’an dernier du Platinum au Gold, et cette année du Gold au Silver, déchéance ultime qui me ferme la porte aux derniers privilèges, me rejetant dans les files d’attente interminables aux contrôles, le vacarme des salles d’attente et les espaces étriqués des queues d’avions. Et dire qu’avant j’aimais ces voyages… il n’en reste plus désormais que le mal au crâne des décalages horaires, la fatigue des nuits sans sommeil et les douleurs des contorsions. Concur m’a tué.
Malgré tout, je me console en disant que tout cela m’a permis d’échapper à la grêve d’AF, que j’ai pu truander Concur pour échapper à IcelandAir et à son escale à Reykjavik (malgré les 150 euros de surcoût du vol direct), et qu’après tout, Silver ça convient bien mieux à mon nom que Gold ou Platinum. On a les satisfactions que l’on peut.
Observateur / observé
La Grâce de Port Royal
En fin de sortie vélo, je grimpais la bosse de Port Royal dimanche dernier.
Elle n’est pas bien longue ni pentue, mais elle vient toujours en fin de sortie, car il est de tradition de tourner dans le sens des aiguilles d’une montre en Chevreuse, et je la trouve toujours plus dure que ce que ses modestes dimensions laisse prévoir.
Et je pensais à ces théologiens jansénistes, qui autrefois hantaient l’Abbaye toute proche, aujourd’hui en ruine. Et je pensais à la Grâce. Quelle divine prémonition ils avaient eue, en voyant cette Grâce divine comme immanente, accordée par Dieu à certains rares sujets, indépendamment de toute volonté ou vertu humaine, niant le libre-arbitre. Ils avaient tout vu, tout compris, l’incapacité d’échapper à notre destin, et cette généralisation des people dans notre psyché collective, la téléréalité, Nabila… tous ces êtres touchés par la Grâce, admirables, respectés et adulés pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils font ou ce qu’ils ont, ce vieil idéal philosophique de l’Etre supplantant l’Avoir enfin réalisé.
Et tandis que je grimpais la côte, je pensais à ma déchéance, et à la Grâce qui m’a abandonné. Avant, je me battais sur ces bosses, luttant pour les titres de KOM en face de l’Auberge du Chant des Oiseaux, le mollet fringuant et les watts en besace. Aujourd’hui, je prie en espérant pouvoir suivre le grupetto au train, et je n’ose pas me mettre sur Strava…
La cité détruite
J’aimais autrefois déambuler dans la Cité abandonnée.
Récemment, elle avait été squattée par les Roms – que j’avais progressivement fréquenté et appris à connaître (voir ici, ici et ici).
Mais évidemment, ce qui devait arriver arriva. Suite aux plaintes des voisins, le camp a été évacué et détruit, et les bouteurs ont fait en sorte que l’endroit devienne inhabitable, détruisant les murs et enfonçant le sol…
Et où sont passés les Roms? J’avais promis des tirages aux Girls. Si quelqu’un sait…
Girls
J’avais poliment refusé un café la dernière fois chez S, de peur qu’il soit fait avec l’eau de Seine (dans laquelle la Préfecture nous interdit de nager depuis 2 ans), mais l’autre jour, avant le démantèlement, en me promenant dans le nouveau square Mandela, j’ai croisé de charmantes résidentes du camp, qui faisaient le ravitaillement. Pas de souci pour la qualité de l’eau, donc, et une séance improvisée de portraits!
In Blue
J’étais peu à peu devenu le photographe attitré des Roms de Bezons, et c’est avec plaisir que désormais ils posaient devant mon objectif, avec alis, femmes et enfants.
Je ne pourrai cependant pas leur donner les tirages promis: les bull-dozers sont passés, et leur campement a disparu.


































