Parfois, l’hiver, le brouillard tombe sur Vélizy. Loués soient les courageux qui vont au stade pour s’entraîner.
A la suite de mes multiples périples à Bezons et au travers des riantes cités du Sud menant à cette ville phare de notre économie, je me suis aventuré pour la première fois vers les Terres du Nord, et la mystérieuse métropole boréale d’Argenteuil.
Chemin faisant j’y ai rencontré, comme à Bezons, les vestiges d’une civilisation que l’on imagine autrefois audacieuse et florissante:
Mais c’est le Pont Aqueduc qui m’a surtout intrigué.
Vu du dessus, la passerelle donne à contempler les Deux Mondes que tout oppose, le 9-5 et le 9-2, à la fois séparés et unis par le Fleuve majestueux et serein. La passerelle elle-même est rompue en son centre, comme un symbole de la fracture inéluctable, et ses barreaux sont réminiscents de la ségrégation qu’elle est pourtant sensée rompre. Au loin, Bezons et Colombes se font face dans un affrontement silencieux.
La vue du dessous est quant à elle clairement un hommage à l’audace de nos ancêtres, qui au XIXème siècle osèrent une architecture métallique sans concession ni chichi pour leurs ouvrages les plus prestigieux – bien avant que tout ne finisse englué dans le béton.
Enfin, vu de l’intérieur, les conduites métalliques courant sous les voies supérieures nous révèlent la fonction première de l’ouvrage, qui est d’évacuer vers Achères les eaux usées du grand Emissaire Général de Paris.
Et il n’est alors pas déplaisant de songer que sans ce modeste ouvrage, l’orgueilleuse cité de Paris mourrait engloutie dans ses propres déjections!
Hôtel à Kreuzberg – sous le signe du chat
Neukölln – ici aussi, les murs parlent.
Brunch au Freischwimmer. En plein Berlin, mais bucolique. On manque un peu d’endroits comme ça à Paris…
Visite de l’East Side Gallery – derniers vestiges du Mur.
Au Holzmarkt – feu le Bar25 – mais l’endroit est toujours agréable, pour bronzer face à la Spree.
Friedrichshain – visite du RAW, temple du Street Art…
Espace…
Plus institutionnel, le dôme du Reichstag. L’architecture de Norman Foster est assez étonnante: le haut du dôme est ouvert, ce qui permet de collecter l’eau et d’assurer une ventilation naturelle, les miroirs réfléchissent la lumière du soleil vers la salle plénière du Bundestag, tandis qu’un cache géant suit la course du soleil pour éviter les éblouissements…
Retour à Neukölln. Au Klunkerkranich, au sommet d’un parking de grand magasin, on peut boire un verre, savourer la lounge music et admirer une vue superbe sur les toits de Berlin…
…mais certains préfèrent geeker…
Fin de journée à l’aéroport de Tempelhof. Lieu historique, premier aéroport du monde, et lieu du pont aérien, il a aujourd’hui été reconverti en parc, où les Berlinois ont aménagé de petits jardins et viennent admirer le soleil qui se couche sur la ville.
En balade sur l’île Séguin, je me dis finalement qu’il n’y a pas que le Mur de l’Artillerie qui subsiste comme vestige d’une époque révolue…
Samedi, après être monté à Paris pour fêter les 25 ans de la réunification allemande au Kiez (c’était blindé!), nous avons décidé de profiter de la Nuit Blanche 2015.
On s’attendait à l’oscillation habituelle entre foutage de gueule et génie – et sur ce point on a été servi – mais c’était surtout l’occasion de visiter la fameuse Petite Ceinture qui nous tentait. Revue de détail – avec les commentaires du catalogue officiel!
Tout a commencé par une performance d’artiste, sous le crépitement des smartphones – un gars qui saute dans un trampoline inséré dans un nuage en polystyrène:
Dix mètres au-dessus de l’ancien chemin de fer de la Petite Ceinture, flotte un nuage. Installé sur cet élément à la fois réel et évanescent, solide et liquide, un homme accomplit un rêve d’enfant : sauter dans un nuage. Ignorant les frontières imposées par l’Homme et les murs qu’il construit, le nuage, immatériel et éphémère, se fait allégorie de nos désirs et de notre insatiable envie de conquête.
WTF! Mais après, tout pourquoi pas…
La foule s’engouffre ensuite dans le tunnel, certains tentant de marcher en équilibre sur les rails pour échapper au chemin caillouteux, et c’est parti pour 1,5km de marche dans l’obscurité.
Un peu plus loin, une installation sonore.
Au cours de la résidence « Arts aux pôles » à l’Institut Paul-Emile Victor à Ny-Ålesund (Spitzberg) durant l’année polaire internationale de 2008, Dominique Blais a enregistré quotidiennement les fréquences et variations du champ magnétique à l’aide d’un récepteur radio VLF. À partir de ces fréquences radio naturelles récoltées dans le cercle arctique, inaudible pour l’oreille humaine, il a créé un ensemble d’oeuvres et de documents phonographiques. Apparatus est un dispositif qui invite le public à écouter le son brut, intime et singulier d’un paysage polaire et astral, réel et imagé, puis son interprétation par quatre musiciens invités par l’artiste en 2013 : Krikor, Mika Vainio, Stephan Mathieu et Rhys Chatham.
Foutage de gueule. Définitivement.
On arrive à d’étranges fresques organiques et changeantes, générées par le simple truchement de pompes et de petits tuyaux judicieusement placés sur les murs, laissant couler et mélangeant sur les parois des liquides visqueux aux couleurs vives.
On trouvera même un coeur pour les romantiques:
Dans la pénombre d’un tunnel désaffecté de l’ancien chemin de fer de la Petite Ceinture, d’immenses formes organiques envahissent lentement les parois, formant des halos aux couleurs étranges. Véritable métaphore d’une vie organique qui prolifère en tout lieu, cette installation de Michel Blazy confronte la fragilité des apparences, qui changent tout au long de la nuit, et la rémanence du vivant, qui transmute l’espace : apparition, expansion, disparition, décrépitude des surfaces, évanescence des formes et transformation des matières… Dans cette interprétation d’une autre grotte Chauvet contemporaine, la vie semble renaître et avec elle l’espoir d’un autre monde.
Pas sûr que l’espace soit transmuté, mais pas mal du tout!
Puis c’est la sortie du tunnel…
…qui mènera ensuite aux jardins bio et au café-cantine de la Recyclerie (sympa).
Nous terminerons la soirée à la Paroisse St Hélène.
En se confrontant à la réalité sociale et politique contemporaine, Pascal Marquilly associe l’acte créatif à une métamorphose esthétique permanente. Entre Déluge et réchauffement climatique, ses cinq plans séquences (dont trois réalisés spécifiquement pour l’occasion en Océanie) présentent 50 personnes, lentement submergées par la montée des eaux. Un ciné-concert biblique, avec R. Collange, S. Eglème et D. Lataillade.
50 personnes assises sur l’écran géant, où rien ne se passe… et 2 dans la salle. Foutage de gueule!
Retour au bercail – demain il faudra se lever tôt pour aller rouler en Chevreuse !
Je suis passé revoir Pepito, qui habite toujours sur notre rive de Seine…
Et il m’a raconté cette histoire incroyable, comme quoi il avait sauvé une jeune fille qui se noyait dans la Seine, en face de sa cabane.
Depuis, il a été félicité par les autorités, qui lui ont accordé une médaille pour « acte de courage et de dévouement ». L’assistante sociale l’a pris en charge: elle lui a trouvé un boulot (il commence Lundi) et un appartement.
Ici, avec la photo de la remise de la médaille à la Mairie. Bizarrement, il n’y a que des femmes, puisque l’homme au premier plan est le frère de Pepito.
Comme on lui a dit à la Mairie: vous pouvez travailler 10 ans en France, ça ne sert à rien, mais sauver une vie, ça va tout vous arranger. Tout le monde n’a pas la chance de sauver des vies…