Archives de catégorie : Vie de banlieue

Valls à Bezons

Cette semaine, Valls, accompagné du Maire, du Député et du Préfet, est venu visiter le bon peuple de Bezons.

Aux résidents et travailleurs qui se plaignaient de l’envahissante présence des trafiquants de drogue dans le quartier, il a malicieusement fait remarquer que s’il y avait des trafiquants, c’est aussi parce qu’il y avait de nombreux consommateurs parmi les résidents et travailleurs de Bezons.

On the Road to Bezons

Pour l’automobiliste, le trajet entre Chaville et Bezons ressemble à un vaste embouteillage continu (voir https://www.silberblog.graphz.fr/lhomme-le-plus-important-de-france ).

Mais depuis que je fait le trajet en vélo, j’ai découvert un univers bien différent…

Chatou - cadavre de ragondin, renversé par une voiture.

Chatou – cadavre de ragondin, renversé par une voiture.

Quelques photos prises sur le trajet, avec les commentaires dessous. Faire F11 pour l’avoir en plein écran :

http://graphz.fr/galeries/2013-road-to-bezons/

 

 

 

Coup de chaleur

Pourtant, ils le savaient…

Les principes de la thermodynamique sont clairs: il est impossible de refroidir un système isolé. Nos climatiseurs, nos congélateurs, nos réfrigérateurs… ne sont en vérité que des pompes à chaleur: elles prennent de la chaleur à un endroit pour la mettre à un autre. Et au passage, comme elles font tourner des moteurs et consomment de l’énergie, elles rajoutent leur supplément de chaleur à la chaleur déjà existante. Si vous laissez un frigo ouvert dans une pièce, il va s’emballer, recracher derrière lui toute la chaleur qui s’y engouffre, et avec un bon supplément: il va donc réchauffer votre pièce, pas la refroidir.

 

Ils le savaient, mais ils l’avaient fait.

Dans cette grande Mégapole, ils avaient imaginé vaincre la chaleur. Et ils avaient construit ces immeubles vertigineux, ces centres commerciaux, ces logements, ces restaurants et ces bureaux entièrement climatisés. Et ces immeubles rejetaient dans la rue une chaleur étouffante.

Et plus la température à l’extérieur était suffocante, plus on poussait la climatisation dans les immeubles, dans l’espoir d’attirer le client ou le travailleur harassé, et plus on poussait la climatisation à l’intérieur, plus l’air devenait suffocant à l’extérieur… Car les pompes à chaleur fonctionnaient à plein, rejetant à l’extérieur toujours plus de  chaleur pour créer un peu de frais à l’intérieur.

A cause de la chaleur dans les rues, plus personne ne se déplaçait à pied. Les gens prenaient leur voiture ou un taxi climatisé, ce qui augmentait encore la température des rues. On avait aussi bien sûr climatisé le métro, mais les rames rejetaient leur chaleur dans l’espace confiné des tunnels et des stations, y rendant l’air proprement irrespirable.

Peu à peu, le grand air ne suffit plus à la Mégapole pour dissiper son colossal excédent de chaleur. Sa densité extrême, ses immenses constructions verticales rendaient impossible une ventilation naturelle. Une bulle de chaleur se forma, montant jusqu’au niveau des plus hauts gratte-ciels, faisant monter l’air à des températures encore jamais vues. Et plus la température montait, plus on poussait les climatiseurs, et plus on poussait les climatiseurs, plus la température de la ville augmentait.

Un jour, le vent s’arrêta. Pas grand chose en vérité, mais la brise marine habituelle se calma, et la pétole s’installa pour quelques jours. Pris dans un emballement féroce, les climatiseurs redoublèrent d’activité, et la température monta, monta encore. A tel point que l’état d’urgence dut être déclaré, et les ressources énergétiques du pays tout entier furent mobilisées pour alimenter les climatiseurs de la Mégapole. Le 21 août 2014, la congestion du réseau électrique fut telle que la Grande Panne se produisit. Plus d’électricité, plus de climatisation.

On estime que la canicule fit alors 1 millions de morts, suffoqués, déshydratés, asphyxiés. Et la Mégapole fût abandonnée à tout jamais par ses survivants, qui décidèrent de migrer vers des cieux plus cléments et des paysages urbains plus sages – sans climatisation.

 

Bon courage

L’autre jour, en allant à la piscine, un collègue qui me souhaite « bon courage ». « Pourquoi bon courage », lui réponds-je, « c’est un plaisir de nager, pas besoin de courage pour ça ». Et lui de me dire: « pour toi peut-être, mais moi je déteste nager, c’est vraiment la galère… »

A ce moment, j’ai compris pourquoi, instinctivement, j’avais tant de mal avec les « bons courages » que l’on entend de plus en plus, à l’adresse d’une caissière à Monoprix, des gars qui nous servent au resto d’entreprise, à la boulangerie…

Ils vous disent « bon courage! », mais en vérité, au fond d’eux, ils pensent: « tu as vraiment une vie minable, tu es dans la galère, heureusement je suis dans une situation bien supérieure, bonne chance pour t’en sortir ». En vérité, pas mal de mépris et de commisération sous une formule apparemment sympathique et amicale.

SVP, ne souhaitez plus bon courage aux gens qui font simplement leur boulot, et qui peuvent en être légitimement fiers. Stoppons l’épidémie du « bon courage » en France!

On a besoin de courage physique pour escalader une falaise ou affronter une maladie grave, ou de courage intellectuel pour affronter l’opinion majoritaire, mais pas pour simplement faire son boulot ou pour aller nager.

La Saga d’EricD

Lors d’échanges sur un forum triathlétique, j’ai été amené à échanger avec un homme hors du commun, EricD.

Interrogé par son approche décalée, novatrice et résolument orthogonale aux préjugés conventionnels, frappé par son style décomplexé, j’ai créé un site dédié à la révélation de son Enseignement, non sans avoir préalablement recueilli son consentement bienveillant et éclairé. Son objet est de recueillir, concentrer, diffuser et populariser la quintessence des concepts révolutionnaires d’EricD.

Tout ce qui est intitulé « la Parole du Maître » sur ce site est le recueil scrupuleux et authentique de la Parole d’EricD. Le reste, et notamment tout ce qui est Exégèse, n’est que l’humble commentaire du scribe diligent et méticuleux que je suis…

C’est ici: http://ericd-training-concept.graphz.fr

 

 

Travaux d’été avec Einstein

Nous avons décidé de refaire nos murs avec du « Mur d’autrefois », un procédé qui présente la caractéristique d’être à la fois cher et long à poser. Les deux caractéristiques sont d’ailleurs liées, puisque le prix élevé provient du grand nombre de couches et de produits à juxtaposer.

La première couche est une « impression isolante à base de résine acrylique satinée chargée de silice ». La deuxième couche est la répétition de la première, car il faut passer deux couches d’impression.

La 3ème couche est un « revêtement d’intérieur applicable à la taloche sur 3mm d’épaisseur », que l’on colore à l’aide d’additifs comportant des oxydes naturels.

La 4ème couche  est de la cire colorée, qui permet de sublimer l’effet pigmentaire, et qui sent bon nos demeures « d’autrefois ». Le tout est vendu en petites boîtes proprettes avec inscriptions calligraphiées, pinceaux et taloches inclus, afin d’en permettre l’usage par les masses laborieuses des bricoleurs de banlieue – dont je me revendique fièrement – ouailles fidèles du Castorama dominical, attirées par le peu de préparation préliminaire que nécessite le procédé. Quand je dis « petite boîte », les boîtes sont en fait assez grosses, c’est plutôt la surface couverte qui est ridicule (et ça, c’est écrit en tout petit sur la boîte, on le voit après…).

Je dois avouer que l’aspect binaire et répétitif de la tâche à entreprendre (2 x 2 couches: impression + couleur) m’attirait beaucoup, d’autant que nous avions décidé de peindre deux chambres, d’où en fait une double quadruple couche à appliquer, et une harmonie quaterno-binaire sous-jacente profondément satisfaisante, où tout n’est que symétrie, équilibre, et puissances de 2  (4 = 2×2 = 2+2 = 2^2).

Nous avions choisi 3 couleurs : rouge (« Terre de Provence » en parlance Mur d’autrefois), blanc (« Ecru Champennois ») et ocre (« Terre de Vigne »), représentant respectivement le Feu, l’Air et la Terre.

Terre de Provence, Ecru Champennois, Terre de Vigne

 

Sentant bien la lacune béante de l’oeuvre en cours de conception, et le déséquilibre insupportable qu’aurait introduit un élément ternaire dans un système rigoureusement binaire, je décidais de m’attaquer préalablement à la réalisation d’une petite CD-thèque en bleu. L’Eau – élément qui m’est cher – reprenant sa juste place, la boucle était bouclée et l’harmonie quaterno-binaire était rétablie.

Cependant cette expérience multi-sensorielle eût été gravement déficiente sans un environnement musical à la hauteur de l’ampleur, et surtout de la structure de la tâche. En outre, l’impératif d’équilibre quaterno-binaire exigeait qu’un 4ème sens fut mobilisé: l’ouïe, après la vue, le toucher et l’odorat (il vaut mieux de toute façon ne pas trop goûter au Mur d’autrefois). Je profitais donc de l’isolement de la maison et de la puissance de l’ampli pour lancer Einstein on the Beach au maximum de ce que mes enceintes pouvaient accepter. L’opéra de Philip Glass était l’oeuvre idoine: un chef d’oeuvre fondateur du minimalisme répétitif, et une harmonie quaterno-binaire évidente: 2 x 2 CD bien tassés, 4 actes, et 4 bonnes heures de musique que je n’avais plus pu écouter dans leur intégralité depuis bien longtemps – il faut parfois savoir faire des compromis avec son entourage…

Plus précisément, je décidais de l’écouter quatre fois, deux fois le premier jour et deux fois le second, ce qui procédait d’une manière de méta-méta-répétition 2 jours x (2 x Einstein x (2×2 actes-CD)), ce qui n’étais pas pour déplaire à mon côté informaticien binaire, et qui en tout cas assurait la durée nécessaire à l’exécution de la performance. Tant au niveau macroscopique que structurel, j’assurais ainsi une isomorphie parfaite avec la tâche à accomplir.

La performance pouvait commencer.

Au niveau macroscopique, le plus difficile fut évidemment de synchroniser les 4 répétitions des 4 actes de l’opéra avec les couches et les éléments chromatiques correspondants, même si la brièveté relative du 2ème acte s’accommodait finalement assez bien avec l’aisance d’application de la 2ème couche d’impression, bien plus facile à appliquer que la première sur une paroi déjà imbibée.

A un niveau plus granulaire, le caractère répétitif de la musique présentait une isomorphie profondément symbolique et réjouissante avec la gestuelle à accomplir. Cependant, cadencer mes mouvements sur le tempo de l’oeuvre musicale s’avérait plus délicat, du fait de la grande diversité des tempos de l’opéra, d’autant que je prenais bien soin d’appliquer la Terre de Provence et l’Ecru Champennois (Feu et Air) en mouvements verticaux, et les autres éléments, soumis à la gravité terrestre, en mouvements horizontaux, selon un rituel ancestral parfaitement établi depuis les premières oeuvres pariétales. Et si les glissements de l’archet sur le violon d’Einstein s’accordaient bien au passage bidirectionnel de la taloche, certains passages, plus éprouvants, exigeaient l’usage des deux mains, orchestrant sur les murs de vastes mouvements contrapuntiques.

Les subtiles variations additives ou soustractives introduites par Glass quant à elles s’accordaient relativement bien avec la topologie des lieux, l’insistance marquée sur les registres hauts se mettant naturellement en bijection avec les parties hautes de la pièce, tandis que la mise en exergue des registres bas se transcrivait dans les parties basses et les coups de pinceaux et de taloche au ras des plinthes.

Heureusement, les Knee Plays, judicieusement intercalés par Philip Glass et Bob Wilson entre les actes, me permettaient de temps en temps de boire une petite bière, petit bonheur appréciable dans la canicule estivale. Je le faisais d’autant volontiers que ceci me semblait en profond accord avec l’esprit de l’oeuvre, puisque si Philip Glass et Bob Wilson avaient formellement exclu tout entracte de leur opéra, ils invitaient spectateurs et auditeurs à profiter des Knee Plays, et des changements de scène afférents, pour aller librement se restaurer et satisfaire leurs besoins naturels, choses nécessaires pour une oeuvre de cette ampleur. Cependant, les scansions one/two/three/four et one/two/three/four/five/six/seven/eight, si emblématiques des Knee Plays,  ne manquaient pas de me rappeler au devoir de la double quadruple couche, plutôt qu’à l’univers mathématique d’Einstein qu’elles étaient censées évoquer.

Et c’est ainsi qu’en transpirant sur mes murs, je prenais courage et inspiration en songeant que Philip Glass lui-même avait dû transpirer ainsi quand, après ses études de mathématiques, de philosophie et de musique, et avant de connaître le succès mondial grâce à Einstein, il exerçait le rude métier de plombier dans la moiteur estivale des condominiums new-yorkais.

Au total, l’Expérience Ultime en matière de minimalisme. Luxe, calme, répétition, symétrie, isomorphie et volupté. Et la satisfaction du devoir accompli – grâce au soutien indéfectible d’Einstein et de Glass.

L’Homme Le Plus Important de France

Tout commença avec le chantier du Pont de Bezons.

Lorsqu’après une dizaine d’années de tergiversations et d’études diverses fut prise la décision de prolonger la ligne du tramway T2 de La Défense jusqu’à Bezons, peu nombreux furent ceux qui en imaginaient les conséquences.

Le chantier fut lancé. Pelleteuses et camions entamèrent leur ballet, livrant le quartier pour 3 longues années au chaos et à la poussière.

Franchir la Seine sur le pont de Bezons, c’est comme franchir le Styx. On entre dans un autre univers, de l’autre côté du miroir, dans un autre monde. Loin des fastes du 92, on entre dans le 9-5. A la sortie du pont, plusieurs alternatives s’offrent à l’automobiliste: il peut continuer tout droit vers Bezons-centre, obliquer sur la gauche vers Houilles, ou prendre complètement à droite pour longer le quai Voltaire vers Argenteuil.

Au milieu des travaux, au tout début de l’année 2010, il fut nécessaire de fermer à la circulation la bretelle de sortie de droite, celle qui donnait sur le quai Voltaire, et de mettre en place une déviation, faisant faire aux automobilistes un détour d’une centaine de mètres pour rejoindre le quai Voltaire.

Cette déviation contournait le McDonalds de Bezons, puis obliquait sur la droite, vers la petite rue Jean Moulin, où un feu réglait le carrefour, à l’aplomb de la toiture verte du Léon de Bruxelles. C’est ce feu qui allait jouer un rôle décisif dans l’histoire économique de la France contemporaine.

En place depuis de nombreuses décennies, il n’avait jamais été conçu pour supporter l’afflux de véhicule qui soudain fut canalisé vers la rue Jean Moulin. Le feu était programmé pour passer au vert une trentaine de seconde, puis revenait longuement au rouge, afin de laisser le champ à d’hypothétiques et rarissimes visiteurs qui auraient pu arriver en sens inverse de la rue Jean Moulin.

L’automobiliste français est certes souvent râleur, mais plutôt respectueux des feux. Aussi, bien que le carrefour fût généralement désert, les automobilistes patientaient de longues minutes devant le feu rouge, et, de longs bouchons ne tardèrent pas à se former régulièrement. Très rapidement, la bretelle de déviation satura. Cette saturation se propagea évidemment sur le pont de Bezons, puisque sa largeur réduite par les travaux ne permettait guère d’absorber la file d’automobilistes attendant pour emprunter la déviation régulée par le feu de la rue Jean Moulin. En un éclair, la traversée du Pont de Bezons devint un cauchemar: automobilistes piégés, voitures et camions englués sur la voie étroite, chaotique et poussiéreuse.

Comme on le sait, la circulation automobile dans les grandes métropoles est un système auto-régulé, évoluant en permanence à la limite de la saturation, parfois en deçà, parfois au delà. Quels que soient les efforts consentis pour améliorer les infrastructures routières ou les transports en commun, cet état est invariable, puisque, par construction, à peine le système devient-il un peu plus fluide, suite à la construction d’une voie rapide ou d’un tunnel, qu’aussitôt il attire de nouveaux automobilistes, qui viennent derechef le remettre en limite de saturation. Et inversement, en cas de saturation exagérée et prolongée, un ou deux pour cent des automobilistes renoncent à leur véhicule pour prendre leur vélo ou un train, rétablissant le système dans sa bande de fluidité structurelle, un jour tout juste bloqué, un jour tout juste fluide.

Aussi est-ce sans surprise que le bouchon formé sur le pont se propagea rapidement aux deux principales voie d’accès au Pont de Bezons: les sorties « Bezons » et « Colombes » de l’A86 – sans même parler de la vaste avenue filant vers Colombes et la place de Belgique, déjà largement paralysée à cause des travaux du tramway.

C’est à ce moment que les ennuis sérieux commencèrent.

Car le blocage de deux sorties consécutives de l’A86 ne pouvait rester sans effet sur l’A86 elle-même – or comme tout Grand Parisien le sait, l’A86 est le l’artère principale de la circulation francilienne. Le blocage de l’A86 au niveau de Bezons coagula irrémédiablement tout le secteur Ouest – Nord-Ouest de l’A86, menaçant des axes aussi stratégiques que l’A14, l’A15, et surtout le grand tunnel de Nanterre, un ouvrage de 4 km qui plonge de l’A86 vers la Défense, et se prolonge ensuite selon l’axe royal, vers le Pont de Neuilly et la Porte Maillot.

Et c’est ainsi que les axes majeurs de l’Ouest parisien furent paralysés tous les matins. Car la perturbation était cette-fois-ci trop importante: ce n’était pas un ou deux pour cent des automobilistes qui auraient dû renoncer à la voiture pour rendre le trafic fluide, mais cinq ou six pour cent, c’est à dire qu’il aurait fallu attaquer le noyau dur des 95% d’automobilistes irréductibles, ceux qui quelles que soient les conditions de circulation, les péages, les taxes sur l’essence et les bouchons ne renonceront jamais à leur voiture, ceux qui préféreront mourir au volant plutôt que de prendre un RER ou de pédaler. C’est à cette époque que je décidais de faire quarante kilomètres de vélo chaque jour pour me rendre au travail, afin d’y gagner temps, santé et argent (et sauver la planète), mais la mine effarée de ceux auxquels je faisais part de cette décision, et les remarques incrédules et narquoises qui suivaient me montraient bien que cette solution n’était pas généralisable: seule la fin de la civilisation automobile telle que nous la connaissons depuis 50 ans aurait permis de résorber le bouchon de Bezons – et elle ne viendra pas avant la fin (proche) des réserves pétrolifères.

Et tous les matins, quelques centaines d’automobilistes, exaspérés par des heures d’attentes, patientaient bravement devant le feu de la rue Jean Moulin, attendant sagement que leur tour vienne pour traverser le carrefour désert. Et tous les matins, la moitié Ouest de Paris était paralysée.

La triste réalité est que le chantier pris du retard, et que la bretelle resta fermée de longs mois.

Peu réalisent l’impact de cette paralysie. Peu réalisent qu’aujourd’hui Paris intra-muros n’est plus qu’un vaste musée, une coquille vide abritant restaurants, hôtels pour touristes et Ministères prestigieux… mais que l’essentiel de l’économie francilienne, et partant de la France, a son poumon et son coeur dans cette banlieue. Puteaux, Nanterre, Courbevoie, Suresnes, Issy, Boulogne… toutes les grandes entreprises ont depuis longtemps quitté Paris pour installer leur siège, leurs centres de décision stratégique, leur informatique… à l’Ouest de Paris.

Et les officiers de la guerre économique arrivaient de plus en plus tard sur le champ de bataille, retenus par les embouteillages. Et ils partaient de plus en plus tôt, soucieux de revenir à la maison pour un repas en famille avant le début du film. Pire, non seulement les heures de travail diminuaient, mais surtout la qualité du travail n’était plus la même, car comment se concentrer sur son travail lorsque l’on sait que l’on va passer 2h bloqué dans les bouchons?

Toutes les grandes banques françaises, les géants de l’industrie, de l’assurance et de la finance virent donc leur productivité et leur réactivité décroître, car leurs dirigeants et leurs cadres les plus brillants, ceux que l’idée d’emprunter la ligne 1 ou le RER A aux heures de pointe laissaient pantois de dégoût, n’avaient plus qu’une obsession en tête: comment éviter les bouchons?

Pire, Paris perdait son dernier et unique avantage sur Londres, la capitale financière du continent, qui était de commencer à travailler une heure plus tôt, à l’écoute des marchés asiatiques déjà réveillés depuis longtemps, en attendant le réveil de New York.

Les Ministres et le Président, réunis en conclave, décidaient de plans ambitieux, pour relancer l’économie: prime à la casse, Grand Emprunt… Ils essayaient même d’entraîner les autres états européens dans cette folie dépensière, mais rien n’y faisait, l’économie ne repartait pas, la croissance piquait du nez, la productivité s’effondrait… car le Grand Embouteillage du Pont de Bezons faisait son oeuvre, sapant l’économie française, démoralisant ses cadres et paralysant ses artères.

Et vint la journée du 14 avril 2010.

Ce jour, Ahmed M., cantonnier employé par la Mairie de Bezons, s’avisa que le feu de la rue J. Moulin était sans doute mal réglé. Il ouvrit la trappe donnant accès au contrôleur du feu, et modifia le plan de feu pour prolonger de 40 secondes la durée du feu vert pour les automobilistes arrivant du Pont de Bezons.

Dans l’heure qui suivit, le bouchon du Pont de Bezons fut résorbé, l’A86 fut débloquée, et progressivement, tout l’Ouest parisien se remit à rouler.

Quelques semaines plus tard, les premiers effets se faisaient déjà sentir dans les statistiques économiques nationales: les prémices de la reprise étaient là! Le deuxième trimestre 2010 fit preuve d’une vigueur inespérée: la consommation repartait, le moral des chefs d’entreprise était en hausse…

Las, le 5 août 2010, le cantonnier de Bezons déplaça la barrière de chantier du pont de Bezons d’environ 1m pour faire passer sa brouette. Ce simple déplacement força le passage sur une file unique des véhicules en sortie du Pont, car si deux voitures passaient tout juste en largeur, une voiture et un camion ne passaient plus.

C’est ce jour que le Grand Embouteillage du Pont de Bezons réapparu.

Depuis, économistes, hommes politiques et chefs d’entreprises s’interrogent sur cette rechute inattendue de l’économie, se perdent en conjectures sur la forme de la reprise (en V, en W, en L….), et sur les facteurs créant cette volatilité. Certains fustigent les déficits budgétaires, d’autres la baisse de l’euro, l’inconséquence des Grecs, les subprimes, la puissance des hedge funds ou l’arrogance des agences de notation…  mais peu connaissent la vraie explication du fonctionnement de l’économie française: les décisions de l’Homme Le Plus Important de France, le cantonnier de Bezons.

Lamya

 

Hier j’ai fait une infidélité à Draghisa, et j’ai profité de mon exil professionnel dans le 9-5 pour aller chez Lamya me faire couper les cheveux.

J’ai divisé mon budget coiffure par 3 (la coupe est à 9 euros), et peut-être que comme ça j’arriverai un jour à ressembler à l’homme en photo dans la vitrine?